le cid
Étude spatio-temporelle [modifier]On peut imaginer que la pièce se déroule, en Espagne dans le royaume de Castille à Séville (Corneille a déplacé l’action qui, dans la logique, se trouverait à Burgos), et sur quinze tableaux représentant trois décors que voici :
La maison de Chimène [modifier]
Acte I, scène 1 ; Acte III, scène 1,2,3,4 ; Acte IV, scène 1,2 ; Acte V, scène 1,4,5
C’est un lieu d’attente et de rencontre. La pièce commence d’ailleurs sur ce décor.
La Place publique devant le Palais Royal [modifier]
Acte I, scène 3,4,5,6 ; Acte II, scène 2 ; Acte III, scène 5,6
Le Palais royal (surtout la Salle du trône) [modifier]
Acte II, scène 1,6,7,8 ; Acte IV, scène 3,4,5 ; Acte V, scène 6,7
C’est le lieu oratoire par excellence. Les personnages y font des plaidoiries célèbres, essayent de s’y réconcilier, y vivent des épopées et enfin, c’est le lieu de l’épilogue.
Étude des thèmes [modifier]
Le texte est composé de trois thèmes : la Vengeance l’Amour ainsi que le devoir présenté sous forme de tragédie :
La vengeance [modifier]
Contrairement à la « tragédie du soufflet » aussi présente dans le texte, la force meurtrière est finalement arrêtée au bord de la catastrophe par les freins qui lui sont opposés :
- le frein de l’amour que Chimène porte encore à Rodrigue lui fait décliner une première fois l’offre de don Sanche (III, 2) et encourager Rodrigue contre son propre champion (V, 1)
- les freins extérieurs : (II, 8) : la temporisation du Roi ; (IV, 2) : celle de l’Infante ; (IV, 3). Tragédie de l’impuissance pour l’honneur de Chimène, elle apparaît au spectateur comme une tragédie arrêtée.
Le devoir [modifier]
Un conflit apparemment insoluble entre des forces égales, puisque l’éclat de l’honneur avive l’amour et que l’amour implique des devoirs auxquels on ne saurait se soustraire sans déshonneur. Difficile à dénouer, elle n’aboutit pas, à la fin de la pièce, à un dénouement véritable qui sera de lui pardonner.
La Querelle du Cid [modifier]
En 1636, Corneille fait jouer le Cid. La pièce remporte un énorme succès. Richelieu protège Corneille, et le fait anoblir par le roi en 1637. Cependant, Mairet et Scudéry, deux dramaturges vont attaquer Corneille, en l’accusant entre autres de ne pas respecter la règle des trois unités, règle instaurée en 1630 à la demande de Richelieu. Ils l’accusent également de poignarder dans le dos la France en guerre contre l’Espagne, en produisant une pièce dont le sujet, les personnages et les décors sont espagnols. Richelieu demande à l’Académie française son opinion. Il y voit en effet l'occasion pour l'Académie, qu'il avait fondée deux ans plus tôt, de paraître comme le tribunal suprême des lettres, de se faire connaître du public et d’obtenir ainsi l’enregistrement de son acte de fondation par le Parlement de Paris. À la fin de l'année 1637, l’Académie présente un texte mis au point par Jean Chapelain : Les Sentiments de l’Académie sur la tragi-comédie du Cid, qui contient un certain nombre d’observations de style. La plus connue fait référence à Chimène, qui n'hésite que très succinctement à défaire la promesse de mariage accordée à Rodrigue, assassin de son beau-père. La promesse étant respectée, les moralistes se trouvèrent choqués de ce manque de bienséance et de vraisemblance. Toutefois, Corneille n’accepte pas ces critiques, puisque la majeure partie de l'inspiration de Corneille relevait de faits réels. Dans le même temps, ses adversaires le réattaquent et la querelle est relancée. Après quelques semaines, Richelieu donne l’ordre d’en finir : il exige des adversaires de Corneille qu’ils mettent fin à la querelle.
Quelques mises en scène historiques [modifier]
- Création en janvier 1637 au théâtre du Marais, avec Montdory dans le rôle de Rodrigue.
- 1799 : la Comédie-Française, après l'emprisonnement de ses acteurs pendant la révolution, rouvre ses portes avec Le Cid, le révolutionnaire Talma incarnant Rodrigue.
- Au XIXe siècle, l'interprétation du personnage de Rodrigue par Mounet-Sully devient une référence.
- 1947 : la mise en scène de Jean Vilar tourne pendant 149 représentations, puis est reprise en 1951 au Festival d'Avignon, dans la cour d'honneur du Palais des Papes, avec Gérard Philipe dans le rôle titre qu'il incarnera 605 fois.
- 1977 : Terry Hands met en scène le Cid à la Comédie-Française avec Ludmilla Mickaël dans le rôle de Chimène et Francis Huster dans le rôle de Rodrigue. Francis Huster fera sa propre mise en scène du Cid en 1985 avec Jany Castaldy dans le rôle de Chimène, Jean-Louis Barrault dans le rôle du roi et Jean Marais dans le rôle de Don Diègue. Il reprend sa mise en scène en 1993-1994 avec ses acteurs de la Compagnie Francis Huster (Valentine Varela, Christiana Reali, Valérie Crunchant, Yves Le Moign', Jacques Spiesser...).
Quelques vers célèbres [modifier]
Voir Le Cid sur Wikiquote
Éditions [modifier]
Le Cid a connu plusieurs remaniements et le texte a évolué de 1637 à 1682. La version de 1682 est souvent prise en référence par les éditeurs actuels, elle est plus courte dans l'acte 1.
Parodies [modifier]
- En 1968, le dramaturge québécois Réjean Ducharme a écrit Le Cid Maghané. La dédicace est « À celle qu'un soir j'ai appelée petite bête puante verte (de) Celui que le même soir elle appela : gros crocodile plein de bouette. »
- En 1942, le journaliste Edmond Brua rédige La Parodie du Cid[1], transposition en Algérie de la pièce de Corneille écrite en vers et en argot pied-noir. Elle est adaptée au cinéma en 1979 par le réalisateur Philippe Clair sous le titre Rodriguez au pays des merguez.
- Le Cid est la pièce de théâtre tournée en dérision dans le film québécois Ding et Dong (1990) de Claude Meunier et Serge Thériault.
Liens [modifier]
Articles connexes [modifier]
- La figure historique : Rodrigo Diaz de Bivar
- une chanson de geste, le Cantar de mío Cid (XIIe siècle), composé vers 1128 en vers alexandrins, publié par Tomás Antonio Sánchez au XVIIIe siècle ;
- Historia del muy noble ymleroso caballero el Cid Ruy Dias, Lisbonne, 1615 ;
- une épopée dramatique de Guilhem de Castro, Las Mocedades del Cid (1618) ;
- Robert Southey a recueilli dans sa Chronicle of the Cid, from Spanish (Londres, 1808, in-4), tout ce que les romanceros racontent du héros espagnol ;
- Reinhart Dozy a publié dans ses Recherches sur l'histoire de l'Espagne au moyen âge un précieux fragment d'une Vie du Cid, en arabe, écrite en 1109 ;
- Auguste Creuzé de Lesser a traduit en partie en 1814 le Roman du Cid ;
- Antony Rénal en 1842, et Jean-Joseph-Stanislas-Albert Damas-Hinard en 1858, l'ont traduit en entier ;
- un film, Le Cid (1961), d'Anthony Mann, avec Charlton Heston et Sophia Loren ;
- un dessin animé, Rody le petit Cid (1981).

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